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tableau historique
 
tableau des 16 paradoxes
avant :   
généralités sur le gothique au 15 et 16ème siècles
suite :   
la Dame à la Licorne

 la rose de la
Sainte-Chapelle de PARIS
 
 
 
 
 

Pour aller aux autres exemples de gothique du 15ème et du 16ème siècles analysés :
 
     à la tapisserie de la Dame à la Licorne (15ème siècle)
 
     à la rose sud de la cathédrale d'AMIENS (16ème siècle)
     au décor "flamboyant" de la chapelle du Saint-Esprit de RUE (16ème siècle)
 
   le tableau qui résume l'évolution de la musique et de l'architecture pendant le moyen-âge
   les généralités sur les effets paradoxaux que l'on trouve dans l'architecture gothique au 15ème et 16 ème siècles
 
 
Pour charger l'image de l'exemple analysé :   la rose de la façade de la Sainte-Chapelle de PARIS (France) - 1485  (s'ouvre en principe dans une autre fenêtre)

Source de l'image utilisée :
François CALI - "L'Ordre Flamboyant" - Editions ARTHAUD - 1967
 
 
Il est rappelé qu'une autre analyse de cette rose est disponible dans le "bouquet de roses gothiques", mais concernant d'autres aspects que ceux qui sont abordés ici.
 
 
 

Le paradoxe dominant : le relié / détaché
 

         -1- à petite échelle, le thème plastique dominant consiste en des nervures souples qui se rapprochent et qui s'éloignent les unes des autres : elles se relient en s'accolant l'espace d'une brève rencontre, puis elles se détachent et poursuivent leur parcours, chacune de leur côté.
Il s'agit là d'une expression analytique du relié / détaché.

         -2- à petite échelle toujours, l'expression synthétique est donnée par le "résultat" de ces accolements et de ces détachements répétés qui se produisent par paires : des formes en cosses se détachent visuellement, qui sont toutes reliées les unes aux autres par les parois qu'elles ont en commun et par la forme de leurs pointes qui se prolongent dans les cosses du dessous et dans les cosses du dessus.

         -3- à grande échelle une texture uniforme de nervures relie en continu toutes les parties de la rosace, et de cette texture "sort" la silhouette d'une fleur centrale à 6 pétales qui se détache visuellement.
Il s'agit d'une expression synthétique, car il faut lire la texture qui "relie" pour en détacher visuellement la silhouette de cette fleur.

         -4- l'expression analytique de grande échelle utilise le rond central qui relie et noue les trajets ondulants, par opposition à la disposition d'ensemble de ces trajets qui se détachent les uns des autres au fur et à mesure qu'ils s'écartent de cette attache centrale :
 - les pétales de la fleur forment des figures bien collées / reliées l'une à l'autre à leur base, et elles se détachent les unes des autres au fur et à mesure que l'on s'approche de leurs pointes ;
 - par ailleurs, les traits radiaux qui partent entre les pétales sont d'abord collés eux aussi aux pétales, puis ils s'en détachent et filent isolément vers la périphérie.
 

 
les 4 expressions du paradoxe dominant relié / détaché :
1- les nervures alternativement s'accolent puis se détachent
2- des formes "en cosse" se détachent visuellement, et elles se relient les unes aux autres
3- de la texture qui relie toute la surface, se détache une forme en fleur
4- les formes sont nouées au cercle central, et elles se détachent l'une de l'autre en partant vers la périphérie
 
 
 
 

Le 1er paradoxe enrôlé :  le relié / détaché se sert du centre à la périphérie

         -1- si l'on considère d'abord les effets de petite échelle que l'on a décrit ci-dessus, on voit que le jeu des nervures qui s'écartent et qui se rapprochent alternativement les unes des autres, a pour conséquence de consteller la surface de "pincements" répartis de façon très uniforme. Chacun de ces pincements est un centre local où convergent des lignes qui y arrivent, et depuis lequel divergent des lignes qui en repartent, et comme notre regard est tour à tour attiré par chacun de ces centres locaux il doit constater que chaque centre est entouré de tous côtés (donc sur toute sa périphérie) par des centres semblables.
 
         -2- les formes "en cosse" remplissent la surface, et elles s'équilibrent mutuellement en s'appuyant les unes sur les autres par leurs contours extérieurs. Le centre d'équilibre de chaque forme est, par conséquent, réparti sur toute sa périphérie.

         -3- si maintenant on envisage l'effet de relié /détaché à grande échelle, on voit que la forme de fleur à six pétales qui se détache sur le fond grouillant des nervures de petite échelle, surgit en équilibre entre la lecture que l'on fait des nervures qui partent depuis le centre et forment la partie "gonflée" des pétales, et la lecture que l'on fait des nervures qui partent depuis la périphérie de la rosace pour former la pointe des pétales et rejoindre ainsi le gonflement lu depuis le centre.

         -4- le réseau des nervures se lit comme un ensemble de parcours sans fin, utilisant de multiples méandres ou des trajets plus rectilignes, parcours qui tous partent de l'anneau rond central, et qui toujours y reviennent après avoir viré et rebondi sur le grand rond périphérique. Un voyage donc qui s'organise depuis le centre, mais qui revient dynamiquement depuis toute la périphérie de la rose.
 

 
le paradoxe dominant relié / détaché se sert du paradoxe du centre à la périphérie :
1- chaque rencontre de nervures est un centre de convergence / divergence, et il a des centres semblables sur toute sa périphérie
2- les cosses s'équilibrent sur la surface en se buttant mutuellement sur toute leur périphérie
3- la fleur se lit en combinant la lecture depuis le centre et la lecture des pointes de ses pétales depuis la périphérie de la rosace
4- les parcours qui partent depuis le centre de la rosace rebondissent sur sa périphérie puis reviennent vers son centre
 
 


Le 2ème paradoxe enrôlé :  le relié / détaché se sert de l'entraîné / retenu

Comme pour le paradoxe précédent nous allons analyser successivement les effets de petite échelle puis ceux de l'échelle globale.

         -1- à petite échelle, l'effet des couples de nervures qui se  "collent l'une à l'autre, puis se détachent, puis se recollent à l'occasion d'un nouveau couple de nervures, etc.", utilise très clairement l'opposition entre des endroits où deux nervures sont retenues (collées) l'une contre l'autre, et les endroits suivants où les nervures parviennent à se détacher (à se décoller). Si elles se détachent, c'est que chacune est entraînée par une autre nervure, une nervure qui à son tour va la retenir momentanément collée contre elle, puis à son tour elle aussi devra la laisser s'échapper vers une autre nervure.
Il s'agit d'un effet analytique, puisque les moments de "collage / retenue" et les moments de "détachement / entraînement vers une autre direction", sont clairement distincts les uns des autres.

         -2- l'effet synthétique de petite échelle joue sur l'indécision dans laquelle nous sommes à chaque embranchement de contact, quant à savoir laquelle des deux nervures nous allons suivre : toutes les deux en effet nous entraînent à égalité, de telle sorte qu'elles se neutralisent réciproquement, ce qui finalement nous retient de suivre l'une plutôt que l'autre.

         -3- à grande échelle nous retrouvons la forme de fleur à six pétales qui se détache. Cette forme centrale se détache en tant que forme fixe, ce qui contraste avec l'effet de louvoiement général des nervures, effet de vagues incessantes qui entraînent notre regard à virevolter en tous sens pour suivre indifféremment l'une quelconque des nervures, et cela sur l'ensemble de la surface.
D'un côté donc nous sommes entraînés à laisser errer notre regard en tous sens en circulant sur toute la trame des nervures ondulantes, et d'un autre côté notre regard est retenu sur une forme de fleur fixe qui se détache et qui tend à nous empêcher de nous égarer ailleurs que sur son contour.

         -4- le mouvement d'ensemble des nervures et des formes qui se détachent du rond central qui les tient en noeud serré, entraîne notre regard à suivre les nervures et les formes qui  s'écartent du centre, puis le ramène systématiquement vers le centre noué puisque tous les trajets y reviennent après avoir viré et rebondi sur le périmètre de la rosace.
Nous sommes donc entraînés à quitter des yeux le centre puisque tous les trajets s'en écartent, mais le centre nous retient comme un aimant puisque nous sommes obligés d'y revenir, précisément en suivant les nervures qui d'abord s'en écartent.
 

 
le paradoxe dominant relié / détaché se sert du paradoxe entraîné / retenu :
1- les nervures sont alternativement retenues l'une contre l'autre, puis entraînées vers des directions autonomes
2- comme nous sommes entraînés de façon égale par deux nervures qui se détachent, nous sommes retenus de suivre l'une plutôt que l'autre
3- notre regard est entraîné à louvoyer en tous sens pour suivre le trajet des nervures, et il est retenu sur la forme fixe qui se détache
4- le trajet des nervures nous entraîne loin du centre de la rosace puis nous y ramène, donc nous y retient
 
 
 


Le 3ème paradoxe enrôlé :  le relié / détaché se sert du mouvement d'ensemble / autonomie

         -1- les trajets des nervures qui viennent s'accoler puis qui se séparent, possèdent deux temps très distincts : quand les nervures sont encore écartées ou quand elles viennent à nouveau de s'écarter, elles font montre de leur autonomie individuelle, et quand elles sont accolées l'une à l'autre elles perdent complètement cette autonomie et font ensemble cet accolement précisément.

         -2- la façon dont les formes s'accolent sur toute la surface, sans laisser aucun vide entre elles et en partageant leurs contours, a pour conséquence que l'une quelconque des formes est aussi bien dessinée par son contour propre que par l'addition du contour des formes voisines.
Ainsi, à grande échelle, les "pétales inverses" dont la "panse" s'appuient sur le cercle périphérique de la rosace, sont clairement distincts et autonomes l'un de l'autre. Mais du rassemblement de deux "pétales inverses" accolés, se dessine en creux en dessous d'eaux, l'un des "pétales à l'endroit" qui forment la grande fleur centrale. Ainsi, bien qu'autonomes, deux "pétales inverses" font ensemble quelque chose, dessinent ensemble une forme qui est leur produit commun.
À plus petite échelle le même phénomène se produit pour chaque paire de cosses accolées qui, bien qu'autonomes puisque clairement côte à côte, dessinent ensemble une cosse supplémentaire entre leurs pointes dirigées vers le centre, et une cosse supplémentaire entre leurs pointes dirigées vers la périphérie.

         -3- les trajets ondulants des nervures suivent des directions très variées, complètement autonomes donc les unes des autres. Pourtant, ces trajets se montrent capables de clairement dessiner ensemble la forme régulière d'une fleur à six pétales.

         -4- la texture d'ensemble a un caractère uniforme et régulier. Pourtant, elle se décompose nettement en deux trames qui se superposent : l'une est la trame des nervures les plus fines qui forment les "cosses" de petite échelle, et l'autre est la trame des nervures les plus grosses qui forment à plus grande échelle les pétales de la fleur et les "pétales inverses" qui s'intercalent entre eux.
 

 
le paradoxe dominant relié / détaché se sert du paradoxe mouvement d'ensemble / autonomie :
1- les nervures font alternativement des parcours autonomes puis des accolements par paires
2- tout en se détachant isolément, les formes créent à plusieurs une forme commune qui résulte de l'addition partielle de leurs contours
3- les nervures suivent des directions très variées, malgré cette autonomie de parcours elles créent ensemble une forme de fleur
4- de la texture d'ensemble commune, se détachent deux trames d'échelle et d'épaisseur différentes
 
 


 

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